Special selection : Frank Zappa & reggae (by selecta Brownpaper / Djack Crew sound system)

C’est une histoire peu connue : Frank Zappa, l’auteur-compositeur-guitariste de génie qui a repoussé les frontières du rock (1940-1993), a flirté le temps de quelques morceaux, avec les rythmes reggae et ska. Fan absolu de l’artiste américain, selecta Browpaper du Djack Crew sound system (72) nous a concoctés une sélection inédite qui donne à entendre les principales excursions de Zappa dans la musique reggae ! Run it !

Frank Zappa et son groupe au Memorial Auditorium, Buffalo, NY, le 25 octobre 1980. Photo : Eddie Berman (Wikimedia Commons).

Tracklisting :

1- « You Are What You Is » (You Are What You Is, Rykodisc, 1981)

2- « Mudd Club » (You Are What You Is, Rykodisc, 1981)

3- « Fine Girl » (Tinsel Town Rebellion, Zappa Records, 1981)

4- « Too Ugly For Show Business » (Guitar, Rykodisc, 1981)

5- « Now You See It Now You Don’t » (Tinsel Town Rebellion, Zappa Records, 1981)

6- « Treacherous Cretins » (Shut Up ‘n Play Yer Guitar, Rykodisc, 1979)

7- « That’s Not Really Reggae » (Guitar, Rykodisc, 1984)

8- « Let’s Make The Water Turn Black » (Make A Jazz Noise Here, Barking Pumkin, 1988)

9- « King Kong » (Make A Jazz Noise Here, Barking Pumkin, 1988)

10. « Bolero » (The Best Band You Never Heard In Your Life, Barking Pumkin, 1988).

Le reggae n’est pas le genre musical qui vient en tête lorsque l’on pense à Zappa, guitariste et compositeur de génie aux multiples facettes musicales : du rock parodique dépeignant les travers de la société américaine, une forte dose de rock progressif et groovy, lorgnant parfois sur le Jazz, ainsi que tout un répertoire de musique contemporaine. À l’image des pionniers du dub, il n’hésitait pas à innover dans son approche du mixage et à triturer la console et les bandes magnétiques pour en sortir des sons improbables. À un certain point de sa carrière, il était passé maître dans la technique de l’overdub, qui consiste à ajouter des pistes enregistrées en studio sur un enregistrement capté en concert.

Zappa adorait jouer avec les codes des genres musicaux et le eeggae n’a pas échappé à sa curiosité. Il existe à vrai dire assez peu de morceaux incorporant des éléments de reggae et la majorité vous est présentée dans cette sélection. Sa carrière musicale s’étendant de 1966 à 1994, on remarque que ses expérimentations avec le reggae se situent dans la seconde partie de sa carrière, durant les années 80.

La sélection démarre avec trois titres studios qui montrent la facette humoristique de la musique de Zappa. À en juger par la note accompagnant « Fine Girl » dans le livret de l’album : « Fine Girl is a studio cut, included so that conservative radio stations can play something on the air, thereby alerting people to the fact that this album exists« .

On enchaîne ensuite avec qautre solos de guitare captés en concert qui, l’air de rien, s’appuient une rythmique one-drop. Ces improvisations mettent également en valeur le talent des musiciens accompagnant Zappa, notamment Scott Thunes à la basse et Chad Wackerman à la batterie.

« C’est probablement la première fois qu’un reggae à 3 temps a été enregistré ! »

Les deux morceaux suivants montrent une autre facette intéressante du compositeur. Il était très courant que pour ses tournées, Zappa pioche dans des anciens morceaux de son répertoire et les transforme pour en donner une tout autre saveur. « Let’s Make The Water Turn Black » est originellement sorti en 1968 et est ici revisité lors de la dernière tournée de Zappa avec une rythmique ska. « King Kong » est un gros classique de la même période et un grand nombre de versions existent. Il est ici arrangé pour des cuivres sur une rythmique one-drop et laisse libre au cours au folies du saxophoniste.

La sélection se termine par une reprise du fameux Boléro de Ravel, compositeur français du début du XXème siècle. Ce n’est pas la première fois qu’un thème de musique classique est repris en reggae (voir par exemple « Hyde Park Dub » du D-Roy Band), mais c’est probablement la première fois qu’un reggae à 3 temps a été enregistré !

Comme le résume très bien le titre de la piste n°7, ce n’est pas vraiment du reggae, mais une preuve que les frontières de la musique sont perméables et peuvent donner lieu à des cocktails détonnant. ♦

Selecta Brownpaper.

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