Live Tape Archive #6 : Bunny Wailer transforme l’eau en feu pour son premier live en France, en 1990 !

Les légendes ne meurent jamais, paraît-il. Dans le reggae, les immortels se font donc de plus en plus nombreux. Dernier en date, Neville Livingston aka Bunny Wailer, qui est décédé le 2 mars dernier à Kingston, à 73 ans. Rendons lui hommage avec ce retour sur son tout premier concert français en solo : le 6 juillet 1990, à l’Aquaboulevard de Paris.



Aquaboulevard est un immense complexe aquatique dans le sud-ouest parisien où tobbogans, vagues artificielles et fausses plages font le bonheur de consommateurs en mal de sensations fortes et de détente depuis 1989. Une sorte de paroxysme de la société de consommation et du divertissement qui, à priori, a peu à voir avec l’essence et le message originel du reggae. Et pourtant ! C’est bien ici que s’est déroulé le premier concert français de Bunny Wailer, vendredi 6 juillet 1990. « Pas dans les bassins évidemment, mais dans une grande salle à l’arrière du complexe», se souvient Bernard Bacos aka General Burning, pionnier du mouvement sound system dans les années 80 (lire son interview à la fin de cet article ici).

Bunny Wailer en live, ici au Madison Square Garden de New York, en août 1986. Photo : DR.

Une « salle immense pas trop adaptée aux concerts», d’après Jérôme Levasseur, organisateur de concerts et festivals notoires (Garance, Bagnols Reggae Festival…) qui ne loupait aucun live de reggae à Paris à l’époque. Aucun, sauf une poignée dont celui-là, « J’avais ma place, mais je l’ai refilée à un ami», regrette-il, trois décennies plus tard, sans se souvenir du pourquoi du comment. Un ami bien chanceux qui, comme beaucoup de fans, devait attendre Bunny Wailer avec impatience : « Le public était nombreux et enthousiaste, c’était la première fois qu’il venait à Paris et beaucoup comme moi l’attendaient depuis longtemps», se remémore Bernard Bacos. Bunny Wailer, lui-même évoque au cours de son live une longue attente du public à son sujet. Car le Don s’est fait attendre en France ! Alors qu’il quitte les Wailers dès 1974 pour une carrière solo, il ne commence qu’à tourner à l’international en 1986 et ce n’est que quatre ans plus tard qu’il fait donc sa première apparition en France après seulement quelques date aux États-Unis.

« Bunny Wailer ne voulait pas être réduit à un chanteur “roots”, il était aussi un artiste dancehall »

La première partie était assurée par le groupe The Gaylads sans son fondateur BB Seaton, qui assurait les chœurs pendant le concert de Bunny Wailer, sous le nom de « Psalms ». Quant aux musiciens qui l’accompagnaient ce soir-là, ils formaient le fameux « Solomonic Orchestra », du nom du label du chanteur, avec une belle section cuivre. « Bunny Wailer représentait beaucoup pour moi. En effet j’ai été plusieurs fois en Jamaïque au début des années 80 et il était extrêmement populaire à ce moment-là, comme Dennis Brown ou Gregory Isaacs. J’ai beaucoup écouté en particulier son album Rock and Groove avec le grand hit de 81, « Cool Runnings », et aussi ses albums Blackheart Man et Bunny Wailer sings the Wailers avec leurs dubs respectifs Dubd’sco vol 1 & 2», précise General Burning. Un avis sans doute partagé par Jérôme Levasseur qui a quant à lui dû patienter jusqu’en juin 1995 et une date bouillante au Zénith de Paris où le rasta partage alors l’affiche avec les Roots Radics et Israel Vibration : « C’était peut-être le meilleur concert de reggae que j’ai vu à Paris dans les années 90, un show très construit et impressionnant», se remémore l’organisateur actuel du Bagnols Reggae Festival.

De fait, toujours très classe dans ses habits blancs, front cintré de son éternel bandeau, Bunny Wailer avait un don certain pour le jeu de scène et l’amusement tout en dispensant des discours d’une rare puissance mystique entre et dans ses morceaux, comme on les entend distinctement sur cet enregistrement. C’est cette dualité du personnage qui en fait sans doute un artiste à part : moins politisé que Peter Tosh, bien moins populaire que Bob Marley, mais peut-être davantage représentatif de la musique purement jamaicaïne de cette époque-là où le dancehall avait déjà largement succédé au roots. « Bunny Wailer ne voulait pas être réduit à un chanteur « roots », il était aussi un artiste dancehall, c’est ça la Jamaïque, ce mélange de mysticisme, de conscience politique et de joie de vivre et de danser», note Bernard Bacos. Ce concert parisien en est une parfaite illustration, alternant sans complexe hymnes roots et titres dancehall plus dansants et plus « légers ». Au-revoir Don Dada ! ♦

Textes : E.B.
Enregistrement : source inconnue (merci à Jah Breizh et Dubwise).

🎵 Écoutez ce concert en intégralité ici :

 

Setlist du concert :

1- Blackheart man
2- Armagideon
3- Battering down sentence
4- Love fire
5- Rise and shine
6- That old dragon
9- Liberation
10-Didn’t you know
11- Botha the mosquito
12- Serious thin
13- Dancing shoes
14- Cool running
15- Galong So
16- Rule Dancehall
17- Ballroom floor
18- Keep on moving.