Live Tape Archive #7 : En 1988, quand Burning Spear et son live band enflammaient le Zenith de Paris !

Aujourd’hui âgé de 76 ans et désormais retiré des affaires musicales, Winston Rodney a performé un nombre de fois incalculable en France. Parmi une multitude de lives dans les années 80, 90 et 2000, celui du 21 mai 1988, au Zénith de Paris, est à marquer d’une pierre blanche. Il est même enregistré et sorti sous différents formats avant d’être nommé aux Grammy Awards, en 1992.

Photos extraites du concert du Zenith, le 21 mai 1988, et contenues dans le double LP sorti par Greensleeves Records.


Après trois minutes d’interprétation par les musiciens et les premières paroles du morceau « Spear Burning » chantées à l’abri des regards, le « javelot enflammé » pénètre tranquillement dans l’arène. Serein et sûr de son aura, il esquisse quelques pas et s’arrête au beau milieu de la scène, fixe la foule d’un regard hypnotique et lève les bras au ciel sous les vivats du public, déjà en transe. Reprenant tranquillement sa déambulation, il enlève soudain son magnifique bonnet à damiers vert-jaune-rouge et libère ses locks qu’il secoue énergiquement. Une entrée en matière tonitruante qui a marqué les esprits des 7000 spectateurs du Zenith de Paris, le 21 mai 1988.

Burning Spear au micro, lors de ce live. Photo : DR.


Chris, 19 ans à l’époque était de ceux-ci et en garde un souvenir vivace : « ll est arrivé sur scène comme le messie, pour moi, c’était LE représentant du reggae à l’époque ». Venu avec quatre amis depuis Montreuil (93), ce dernier se remémore une ambiance particulière à l’entrée des lieux : « Dès l’ouverture de la porte, on voyait un épais nuage de fumée et on sentait une grosse odeur d’herbe. La salle était noire de monde et les gens hurlaient», rappelle ce quinquagénaire aujourd’hui établi dans la banlieue toulousaine, fan de reggae depuis sa plus tendre enfance : « J’ai eu mon premier disque de reggae à l’âge de 7 ans, The Specials, et j’étais bien sûr ultra fan de Burning Spear, c’était l’un de mes chanteurs favoris. L’album Hail H.I.M notamment, je l’écoutais en boucle dans mon walkman…. » À l’entrée de la salle, nombreux sont donc les vendeurs qui refourguaient de l’herbe par poignée à l’instar du célèbre Mushapata. Disparu en mai dernier, cet ancien boxeur congolais, était un incontournable des concerts reggae parisiens où il vendait tout aussi bien des disques que de la ganja, sortie d’un gros sac à dos qu’il semblait porter comme un fardeau, malgré ses larges épaules.

 

« La basse semblait sortir des entrailles de la terre »

 

Le double LP sorti par Greensleeves reprend 14 des 17 titres du live..

Pour Chris, toujours actif dans le reggae à Toulouse avec le sound system Jah Prophecy (anciennement Haffi Run à La Réunion), c’est déjà le deuxième live du chanteur jamaïcain à Paris après une date à antérieure à l’Aquaboulevard et plusieurs autres par la suite. Mais celle du Zenith reste assurément à marquer d’une pierre blanche. Et pour cause, l’ambiance est y électrique, incandescente : « La basse semblait sortir des entrailles de la terre, la section cuivre avec notamment trois femmes (respectivement Pamela Flemming à la trompette, Jennifer Hill au saxophone et Linda Richards au trombone NDLR) était énorme, c’était vraiment l’un de mes meilleurs concerts reggae. Parfois, ça ne bougeait pas forcément dans ces lives là car les gens scotchaient souvent, mais là, le public était super réactif ».

Parmi les nombreux morceaux joués ce soir-là, Chris en retient un en particulier : le tube « African Postman » sur lequel Burning Spear passe aux percussions, des congas, pendant plusieurs minutes alors que le titre s’étire dans un dub superbe. Les classiques « Door Peep » ou encore l’hymne « Old Marcus Garvey » sont joués à la toute fin d’un show d’une durée totale de 1h40 et tellement réussi qu’il est enregistré et deviendra l’album Live in Paris sorti en double CD, K7, VHS et même en vinyle par Greensleeves, mais sur lequel ne figurent pas la totalité des 17 titres joués ce soir-là. Un live si bon qu’il est même nommé, quatre ans après son enregistrement, en 1992, pour les 34e Grammy Awards dans la catégorie « meilleur album de reggae ». Un prix décerné à Shabba Ranks pour son opus As Raw as Ever. Mais c’est une autre histoire et un tout autre style de reggae, dominant à l’époque, en Jamaïque. La résistance roots acharnée de Burning Spear dans ses concerts européens et américains n’en est que plus belle. ♦

Textes : E.B.
Enregistrement : source inconnue (merci à Jah Breizh et Dubwise).

🎵 Écoutez ce concert dans son intégralité ici :