Dub Camp Launch Party : 1600 massives en manque de sound se retrouvent enfin dans la danse avec Blackboard Jungle sound system et Nyabin !

​​Deux étés qui passent sans Dub Camp festival, c’est beaucoup. Beaucoup trop pour l’asso Get Up! et les massives de la région nantaise, l’un des principaux bastions de la culture sound en France. Samedi soir dernier, pour la Launch Party (très avancée) du Dub Camp 2022, ces derniers ont pu enfin réécouter du reggae sur sound system et quel sound system ! Grâce à une armée de 24 scoops et de nouvelles boxes, Blackboard Jungle et Nyabin ont secoué la carrière de Saint-Herblain et sa salle sold out, chauffée à blanc par un an et demi d’abstinence…

La salle de la Carrière explose de plus belle au moment de la last tune, jouée par Blackboard Jungle. Photo : Gwen Bardollet.

Les sessions nantaises Dub Club se déroulant d’habitude à la salle festive Nantes Erdre, dans un environnement plus bitumeux, notre tribu assoiffée de vibrations a découvert La Carrière, à Saint-Herblain. Du nom de son emplacement idyllique, la salle est au bord d’un lac reflétant la roche qui l’entoure ; de quoi revivre l’ambiance des beaux jours de festivals le temps d’une nuit. L’association Get Up!, derrière ces retrouvailles d’ampleur, avait installé dans la salle de grands tirages photos, un hommage à la culture sound system, suspendus comme des icônes. De quoi se mettre dans l’ambiance !

Les « papas » du Blackboard Jungle sound system, Nico et Mc Oliva, avaient divisé la sono en 3 stacks de 8 scoops. Rappelons, si besoin est, qu’une telle logistique est immense, donc exceptionnelle. C’était une vraie chance d’avoir pu apprécier cette œuvre de blocs noirs. Le plus imposant sound system de France n’a pas volé sa réputation : il sonne parfaitement à n’importe quel endroit de la salle. D’autant qu’il a récemment apporté des modifications sur ses boxes, les mids et tops, conçus par JB (Audio Units), lui aussi présent à la session. « On est ravi du résultat : c’est clair et puissant, sans être agressif, tout ce que l’on recherche, les kicks et les scoops sont toujours des Stravens, en attendant de trouver mieux», renseigne Nico après coup. 

La puissance développée au cours de la soirée sera d’une violence complètement addictive, mais pas abusive. Les Rouennais, qui roulent pour cette culture depuis 20 ans, sont au contrôle. Lunettes vissées sur le nez, comme des archivistes pleins de sagesse, ils ont fouillé dans leurs boxes remplis de trésors pour nous servir de la golden rasta music sur un plateau d’argent. À leurs côtés, le crew parisien (d’adoption, mais aussi rouennais d’origine) Nyabin, composé de Flo et Tom (de Chouette Records) et de Koko de Naturalness au micro, les a accompagnés avec des sélections de roots énergique. Derrière le micro se trouvait Culture Freeman, vétéran anglais qui travaille étroitement avec le crew londonien Bush Chemists.

« Le nom de Blackboard Jungle est d’ailleurs une référence à l’un des premiers albums de dub enregistré par l’extravagant patriarche de notre famille, Lee “Scratch” Perry. 14 jours après la dernière heure de son intense vie, le producteur de génie méritait bien d’avoir son hommage »

Tom et Flo de Nyabin au contrôle, avec Koko au micro. Photo : G.B.


Après cette trop longue trêve, les premières tunes ont une odeur de résurrection. Et c’est le crew hôte qui a commencé à souffler cet air de reviviscence à 21 heures : quelle libération d’entendre le « Baltimore » de Nina Simone sur sound system, aux côtés de Marley, Pablo Moses ou Hugh Mundell. Le nom de Blackboard Jungle est d’ailleurs une référence à l’un des premiers albums de dub enregistré par l’extravagant patriarche de notre famille, Lee « Scratch » Perry. Deux semaines jours après la dernière heure de son intense vie (écoutez un mix tribute ici), le producteur de génie méritait bien d’avoir son hommage. Des productions du Black Ark comme “War inna Babylon” de Max Roméo et Debra Keese, “Traveling”, précéderont une dubplate de Lee Perry lui-même, une version de « Zion’s Blood » boostée à bloc. Après la session, le selecta Nico confiait : « on est des fans de Scratch depuis toujours, cet album, Blackboard Jungle, nous a mis une claque dès la première écoute et il nous a fait découvrir le dub».

Je n’avais jamais eu l’occasion de voir un sound system aussi étendu et bien équilibré. Mais ce que j’avais peut-être encore moins eu l’occasion d’observer, c’était ce public en manque, ultra réceptif. En une poignée de minutes, les mains en l’air, la foule gonfle et se chauffe aussi rapidement que du petit lait. Pas de temps à perdre à rester par petit groupe stoïque, comme souvent dans les débuts de soirées, ce soir les larges mouvements de skanks remplissent un espace resté vide trop longtemps.

Belle configuration avec 3 murs de 8 scoops chacun pour le Blackboard Jungle sound system. Photo : G.B.

La salle est en effet complète (1600 personnes, et beaucoup d’autres qui cherchaient encore à entrer). Un tour de force en cette situation controversée de pass sanitaire, le signe d’un réel besoin, assouvi avec brio grâce à Get Up. Dommage pour le bar encombré presque toute la soirée, inhabituel pour l’équipe qui gère normalement très bien ces flux ; l’origine du problème était à chercher dans la gestion avec La Carrière, un couac expliqué par la primeur de cette collaboration.

« D’ailleurs, je lance une bouteille à la mer : qui a des infos sur cette tune qui a retourné la salle en quelques notes ? »

Les deux vocalistes, MC Oliva et l’Anglais, Culture Freeman.

Toute la soirée les deux crews se passent ainsi la main, à chaque heure et demie. Nyabin n’était pas en reste face à la tête d’affiche avec une sélection solide qui mêle du Ranking Youth avec “Jah Power”, la première sortie du label Sir James “Take your time” d’Akae Beka, le “Jah Family” de Danny Red publié par Chouette Records cette année, une belle nouveauté de Nyabin bientôt disponible toasté par un I-Fi en grande forme et plein de pépites inconnues au bataillon, évidemment. D’ailleurs, je lance une bouteille à la mer : qui a des infos sur cette tune qui a retournée la salle en quelques notes, un roots cuivré, sur une rythmique warrior, à la sauce Victory de Dubkasm, mais plus agressif, moins jovial ? Passée juste après celle de Moa Ambessa feat. King David qui déplore « Can’t Breath », une chanson hommage encore tristement d’actualité.

Culture Freeman s’est fait un plaisir d’ambiancer la foule, se baladant avec facilité sur n’importe quel riddim. Une voix teintée d’un mélange de sérénité spirituelle et de sentiments plus douloureux. Sur certaines versions, il est rejoint par un vieil ami des Blackboard, Far East, qui saupoudre de lignes de melodica les lourdes productions lancées avec fureur par les kilowatts accumulés.

« Nico at di control towah, it’s di riddim showah ». Cette phrase clamée par Culture Freeman résume bien la soirée : la douche, celle qui réveille d’un trop long sommeil. La douche de sons, de basses, de vibrations, de sourires, d’énergies, de bière, de positivité et d’unité. On était trempé, littéralement (J’ai croisé un gars traversant la foule en caleçon). Trempé d’amour, sur ce « Wonderful Feeling » avec le Brésilien Junior Dread (le remix de Gorgon Sound), balancé par Blackboard lors de ses sélections éclectiques. Vous voyez cette sensation rare où on à l’impression de redécouvrir, de ressentir une sensation comme si c’était la première fois ? Voilà ce que procure ces enceintes, noires comme la culture qu’elles défendent, en diffusant le « Rise & Shine » d’un autre regretté, Bunny Wailer, et bien d’autres galettes, classiques incontournables ou obscures gemmes.

Après 6 heures de kicks bien costauds, il est déjà l’heure d’accélérer les échanges de balles entre les deux crews normands. L’heure du dub fi dub a sonné. Nico au micro prend le temps  d’expliquer aux néophytes le principe de cette tradition, où les selectas passent un seul disque chacun leur tour, sur la dernière heure. Il finit par lâcher un « Each one, teach one », qui fait du bien à entendre dans cette période où le respect et l’écoute de l’autre sont essentiels.

« Les lumières de la salle s’allument et arrosent nos corps engloutis par l’obscurité »

Lors des derniers échanges de ces terrible tunes, en intro d’une dubplate, un remix de Jahovah (Chouette Records), signé Iration Steppas, on a pu entendre la voix de Mark qui big up les massives nantais et l’asso Get Up. Pour se rappeler que tout ça, c’est juste une grande famille.

Pour signifier le moment fatidique, l’heure du dernier morceau, les lumières de la salle s’allument et arrosent nos corps engloutis par l’obscurité. Mais la réunion de famille s’est tellement bien passée que nous sommes finalement restés le temps de 4 last tunes, à danser en transe sous les spots de lumière, comme si c’était la dernière.

À ce niveau d’excitation, la foule ne serait jamais partie si Blackboard n’avait pas fini avec un roots profond et méditatif, la dernière production unreleased de son label, nommée “Let Jah Sunrise”. Je ne sais pas pour Jah, mais cette nuit-là, une énergie vitale sunrised.

Immense respect à tous les activistes de cette culture, artistes, orga, bénévoles, massives. C’est trop bon de se retrouver.♦

Textes : François Laboué / Photos et vidéo : Gwen Bardollet / Enregistrement : Flo Nyabin / Relecture & mise en forme : E.B.

 

🎵 Écoutez les 3 dernières heures de cette session ici :

Regardez plus de photos de cette session ici :

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Regardez un extrait de Blackboard Jungle sound system qui joue « Immigrants (my parents)  » de Ras Hassen Ti ici :