Les tribulations d’un soundman de Besac à la rencontre de la scène dub indienne (1/2)

Soundman originaire du Doubs (25), Fabrice aka Mam Dem Up (ex de Rootikal Vibes Hi-Fi) raconte ici son récent périple à Hyderabad et sa découverte de la culture reggae / dub et sound system indienne à travers sa rencontre avec Kyran, Dakta Dub et d’autres activistes locaux. Embarquement immédiat pour le sous-continent et son underground musical… Premier volet ci-dessous avant un second très prochainement.

Un magasin de sonorisation parmi tant d’autres de la ville d’Hyderabad. Crédit : Mam Dem Up

Cette histoire, ma rencontre avec cet autre monde, je vais vous la conter comme je l’ai vécue, à travers ce voyage, vers la culture de la bass music indienne et la culture dub tout particulièrement. Le point de départ de ce périple commence en France en 2018, plus précisément de l’est, non loin de la frontière suisse.

Je suis actif alors au sein du sound system, Rootikal Vibes Hi-Fi, nous avons construit 8 scoops en 8 ans d’activité acharnée, nous enchainons les dates, nous avons une actualité intensive, et nous nous laissons porter, tout en travaillant dur sur la vague qui s’ouvre à nous.

On enchaine les festivals (Dub Camp, No Logo…). Je suis immergé dans cette culture sound system que je consomme et nourrie jour et nuit, sans relâche.

J’en ai les codes, les habitudes, la culture entière et plus encore, je suis un soundman d’une quarantaine d’année avec 20 ans d’investissement dans la culture reggae music, je suis un addict.

À cette époque faste, je me libère du temps et me programme un voyage, direction l’Inde, pour renouer avec mes racines, mais aussi pour une déconnection complète qui est nécessaire, du repos et de la farniente. Le reste de l’équipe s’occupera des dates pendant mon absence, tout sera sous contrôle.

Juste avant ce décollage pour un horizon lointain que je ne connais pas et qui me fascine, je fais des recherches, allant des sites touristiques (les temples, les trucs sympas à voir et faire), mais aussi par déformation professionnelle, les lieux où je peux trouver un sélecteur jouant du reggae, on ne sait jamais…

Ma curiosité ne va pas très loin, car j’avoue, je suis plus captivé par les temples et autres plages baignées de soleil, avec une activité proche de rien, du néant, que de courir les danses du pays.

À cette époque, au sein de notre sound system, nous sommes quatre, un de nos membre, l’opérateur, et ingénieur, compose l’une de ces toutes premières production.

Elle est jouée à Dub Camp par Kiraden Sound System en last tune, et l’effet et immédiat, c’est une déflagration dans le monde de la sound system culture en France et ailleurs, le morceau sur les 12 scoops du dijonnais, retourne la danse.

Peu de temps après la diffusion du live, tout le monde ne parle que de ce morceau, la demande se fait, sans pour autant que le morceau ait cette vocation première.

Une belle introduction en la matière pour l’une des premières productions de Jah Baker, notre dernière recrue au sein de l’équipe.

Après l’impact, nous recevons sur notre page un message parmi tant d’autres, mais avec une texture différente.

Celui ci vient d’un certain « Kiran », qui nous demande des informations sur ce « dubplate », Il nous écrit depuis Mumbai, India.

Cela aurait pu avoir d’autre incidences, ou pas, s’il était de Tunis, Naples ou Melun… Là, comme dirait un vieil ami « la messe était dite », ou tout simplement, il n’y a pas de hasard.

En tous les cas, ce n’est pas tous les jours qu’on recevait des mails de l’Asie nous demandant des informations sur les productions maison du sound system, au fin fond de nos montagnes jurassiennes …

La personne qui gère le compte, répond au message et lui annonce, qu’un membre du sound system, arrive dans les 10 jours pour une longue durée.

Il lui explique que je prévois de faire le tour l’inde ou presque pour un grand périple, mais sans réel planning, et lui donne mes contacts.

Dans mon coin, j’imagine des vacances sauce curry et shanty shanty (tranquille en indi), ouverte à la découverte de moi-même et du reste.

Loin de ce que je vivais en France, dans un rythme totalement différent, à des années lumière de la frénésie des préparatifs pour les week-ends de session et les semaines à préparer tous les futurs évènements liés à l’activité de la sono (communication, coup de fil, mails, commande de matériel, disques.. ).

Pour un voyage qui devait être loin de la musique et de toute cette agitation, ce fut la rencontre musicale qui bouleversa ma vie, bien au-delà de tout ce que l’on peu penser en parlant de « culture dub » et de bouleversement dans les codes que l’on croit acquis.

Ma première rencontre a été Rayaal Dub, l’auteur du mail. Il a une bonne vingtaine d’année, étudiant en école de musique, ingénieur du son, collectionneur de disques, activiste pour la culture reggae musique, issu de la classe moyenne (c’est important de le signaler) et je le rencontre en fin de voyage à Mumbai et partage ma dernière semaine sur le sol indien, il m’héberge à son domicile lors de mes derniers jours de voyage.

Depuis mon arrivée sur le sol indien, je vais et je viens ici et là, mais je suis en contact constant (whatsApp, Messenger, etc) avec Kiran qui me propose des rendez-vous autour de la musique, comme des émissions de radio, ou des podcasts.

« J’apprenais de lui, beaucoup, et cela était dans l’échange incessant, une boulimie. »

Mais sur ce coup, je n’ai pas de disque avec moi (une des rares fois, parmi les dizaines de voyages, ou j’ai toujours une petite mallette de 45 tours avec moi, ou un clef USB chargée), et le pays étant tellement immense, qu’il m’était impossible de répondre à ces propositions, à part de passer ma dernière semaine avec lui à Mumbai, car mon avion de retour partait de cette ville.

C’est une personne tout sourire dehors, fin gourmet, et qui me fait profiter des meilleures adresses de street foods et autres restaurants mythiques de cette grande mégalopole. Il est hindouiste. Comme de nombreux Indiens, il a un sens aigu de l’hospitalité, et je suis dignement accueilli.

Kiran devant l’entrée de Monkey Radio. Crédit : MDU.

Dès notre première rencontre, ce qui m’a surpris, c’est sa connaissance dans la musique, et les morceaux qu’il me faisait écouter.  Des classiques du roots reggae mais aussi des sélection plus obscures, des chanteurs inconnus, ou des labels du même acabit.

Je suis frappé, aussi du stepper très actuel dont il me parle et partage les liens. J’apprenais de lui, beaucoup, et cela était dans l’échange incessant, une boulimie.

Ce qui était surprenant, c’était cette manière de trouver la musique avec l’outil internet, car il me jouait et me faisait découvrir essentiellement des morceaux diggés sur youtube, bandcamp, ou écouter lors des sessions décortiquées sur youtube et autres médias.

Hyderabad est la capitale de l’État du Télangana et compte près de 7 millions d’habitants.


Étant un gros digger, je me rendais compte de ces trésors disponibles en un clic, c’était un monde riche à l’infini, et il nous restait encore beaucoup de disques à trouver. Si on s’y mettait en équipe de manière internationale, cela nous ouvrait un sacré champ des possibles.

Nous avons passé tout notre temps, à nous faire découvrir de la musique mutuellement, à échanger sur cette culture, ses acteurs, ses sonos, des anecdotes…

Nous avions tous les deux un anglais plutôt moyen, nous avions de temps à autre du mal à nous comprendre. Instinctivement, il s’est installé entre nous un mode de communication, basé sur les expressions récurrentes du sound system que l’on adaptait aux situations que l’on vivait (on parlait le yard’inglishspicy).

Il connaissait les sessions qui se passaient du côté de chez nous (en France particulièrement) et avait un savoir sur les sessions qui étaient jouées, par qui, comment, version dubplate ou pas, bref, un vrais addict à cette dope culture, comme on peut en trouver autour de chacun de nous, ou comme nous tout simplement.

Il me donnait l’impression, au cours de nos discussions autour d’un chai et de mango (herbe locale), qu’il y avait participé tellement il la maîtrisait.

Mais je me rendais tout simplement compte qu’il était autant imprégné que moi par cette culture qui nous animait, et que dans n’importe quel coin de la terre, l’amour était tout aussi démesuré.

On échangeait sur ces expériences de sound system au Goa Sunsplash, ou il me faisait part de ses sensations sur la sono du 10 000 lion avec des vétérans comme Channel One et d’autres qu’il avait eu l’opportunité de voire lors de ce festival indien, qui est la seule et unique référence en la matière et en vivant.

Il était très enthousiaste quand il me parlait des sessions de Delhi avec la première sono 100% indienne qui est BFR Sound System, et m’expliquait tout le travail de ce couple, ce qu’il mettait en œuvre pour partager cette culture autour d’événements en tous genres, mais toujours engagés.

Grâce à Kiran, j’apprenais sur la culture et ses acteurs, il me défrichait le paysage, me donnait la cartographie et les acteurs principaux nationaux.

Il était demandeur de pleins de choses comme, la manière dont se déroule les danses (dans le temps, les horaires).

Quand je lui expliquais qu’en France nos sessions commençaient à 21h00 et finissaient à 5H00 ou 6H00 du matin, sa réaction était celle d’un enfant à qui ont contait le pays merveilleux du sound system et de ses bienfaits, un peu le paradis du skanker, car en Inde toutes les festivités se terminent à 22H00.

Son intérêt portait sur les événements qui ont de grandes résonances (Dub Camp, Reggae Bus, etc.), au-delà de nos frontières même si nous nous en rendons certainement pas compte.

Il était attentif à chaque détail qui font de cette culture, quelque chose d’immensément riche, les sonos, les productions, les studios, les anecdotes…

J’étais, dès mon premier contact, avec quelqu’un qui savait de quoi il parlait, même si, une grande partie faisait partie du fantasme et de l’imaginaire, cette culture dès lors à mes yeux avait des fidèles aux quatre coins du monde, et de tous bords, « so no borders ».

Pour lui très rapidement, au-delà de toutes les personnes activent dans ces réseaux indiens nationaux (natifs ou non), dont il me parlait, une seule sortait du lot à ses yeux et pour Kiran qui en parlait toujours avec ferveur, c’était LA personne la plus légitime pour représenter ce courant.

Il commença alors à me parler de Dakta Dub, en me disant que c’était l’homme qu’il fallait que je rencontre en priorité si je voulais faire connaissance avec la sound system culture ou encore plus, la culture dub. Pour lui, il était l’acteur principal à ses yeux et légitime.

Comme un guru, ou un mentor. Il avait le recul d’un disciple en parlant de son maître spirituel si on peut y voir une comparaison.

Il me donna les liens pour la radio créée et mis en place « Monkey Radio », et quelques lien vidéos, me partagea un maximum d’informations sur les activités de Dakta Dub, histoire que je me fasse une idée sur son travail et surtout, sur la personne.

Je les ai pris avec moi et tout le mystère que cela englobait, et je suis rentré de voyage en laissant mon ami Kiran à Mumbai, et en gardant contact.

Arrivé en France, j’ai repris mes activités de soundman, avec en tête un retour rapide sur la terre de mes ancêtres et la prise de contact avec ce Dakta Dub, ses activités et le reste.

Le temps avance, quelque chose murît dans ma tête, ça ressemble à un voyage, mais cette fois ci, la musique fait partie intégrante de mes bagages, et l’envie de la découverte et de l’échange prends vite une grande place dans mon esprit, et de grands questionnements commencent à se poser.

Retourner oui, mais cette fois ci, avec mes disques, à la recherche des personnes qui œuvrent pour le reggae et toutes ses facettes, en tous les cas, celles qui me touchent le plus (la culture Sound system, la bass music, l’humain et le militantisme).

Avec 1,38 milliards d’habitants dans cette immensité, le hasard m’avait mené à prendre contact avec l’une des personnes issues de la petite poignée (de 100 à 200 sur toute la population maximum) qui s’animait pour la même cause que moi, c’était inespéré.

À trois mois du nouveau départ, je relance Kiran en lui annonçant que je vais bientôt venir le rejoindre et que là, j’aurai du temps pour rencontrer le docteur du dub version indienne, et que je suis chargé de musique et prêt à répondre à toutes propositions pour faire tourner des disques, aussi bouillant que des nans sortant du four à tandoori.

Le rendez-vous est pris pour le retour, mais à ma surprise , il n’est plus à Mumbai, mais est retourné habité dans sa ville natale Hyderabad dans la région du Télanga (plus ou moins au centre du pays). Il se trouve que c’est la ville aussi de Dakta Dub, il y a monté Monkey Radio et y organise des événements.

Encore le signe d’un bon karma, je vais pouvoir faire sa connaissance et découvrir tout cet univers dont j’ai entendu parlé lors de mon dernier passage.

Kiran fait le lien avec Dakta Dub, il organise notre rencontre et va même jusqu’à organiser mon séjour chez lui, qui devait durer une semaine, voire deux maximum.

Le jour de mon arrivé, c’est Raayal Dub qui vient me chercher à l’aéroport de Hyderabad, les retrouvailles sont plus que chaleureuses et nous avons l’impression que nous nous étions laissés la semaine dernière alors qu’une bonne année s’était écoulée. Un signe d’amitié pure à mon sens.

Après un rapide tour de deux heures, dans cette circulation anarchique mais très organisée, rythmée au son de la cacophonie des klaxons, nous arrivons au studio de Monkey Radio, qui n’est autre aussi que le domicile et le QG de Dakta Dub.

Il est situé dans le Bazar Esamia, quartier central de cette grande ville (plus de 7 millions d’habitants). Nous arrivons devant un bâtiment au coin d’une rue, un transformateur électrique est face à la maison, et dessus un pochoir « Monkey Radio » et un autre « Small Axe » (le sound de Shillong, Nord Est de l’inde), nous sommes bien à la bonne adresse.

Kiran me fait rejoindre le 3ème étage, nous arrivons sur un rooftop avec un appartement fermé, j’attends 2 minutes, Kiran fouille dans un coin de la terrasse et arrive avec les clefs et nous ouvre.

Le temps de trouver les clefs, j’ai la chance d’observer la décoration et les peintures, un énorme graff en mode Wild Style, orne le mur principal avec Monkey Radio en couleur vert jaune et rouge, et ici et là on peu trouver des graffs, des tags, et autres ornements graphiques, laissés par tous les visiteurs.

« Les hurlements des klaxons qui règnent dans la rue noyés entre le chant des muezzin qui démarre dans les mosquées et les sonos hurlantes des temples hindous, qui s’y superposent en décalage… Sound clash style ! »

J’ai l’impression d’être dans un lieu alternatif parisien, malgré les hurlements des klaxons qui règnent dans la rue, et la chaleur qui me tape dessus après plus de 12 heures de voyage, noyés entre le chant des muezzin qui démarre dans les mosquées et les sonos hurlantes des temples hindous, qui s’y superposent en décalage… Sound clash style !

Je suis surpris de pouvoir rentrer dans un appartement sans son propriétaire, mais Kiran m’explique que c’était la marche à suivre, qu’il ne faut pas que je me fasse de soucis. Je demande au bout de quelques temps après avoir installer mes affaires dans le salon, où est Dakta Dub, surtout, est-il au courant de ma présence chez lui ?

On me dit qu’il gère une histoire de famille, mais qu’il fallait que je l’attende chez lui et qu’il arrivait.

A ce moment-là, avec tous mes voyages, j’ai appris à prendre le temps d’attendre, de comprendre des retards minimums de 15 minutes à un après-midi, une journée sans agacement ou même de colère. Ce coup-ci, le temps avançait et la demi-journée fut vite passée.

Bala aka Dakta Dub devant Monkey Radio.

La nuit tombée, un petit homme arriva, avec une aura particulière, plein de sérénité.

Il était rayonnant de simplicité, de gentillesse. Il avait quelques choses de tendre mais aussi de rude, une attitude qui mène au respect ou tout simplement à être délicat et dans la retenue.

Il m’a regardé, et ma pris dans ses bras en me disant « Jah Namaste« . Je venais à ce moment-là, d’atterrir dans une dimension que j’étais loin de m’imaginer, et ce n’était pas un effet du jetlag, j’y reviendrai.

Une fois les présentations effectuées, et les us et coutumes rasta consommées, nous avons discuté toute une partie de la nuit. Et cette nuit-là fut riche d’apprentissage autant sur son activité de soundman, mais aussi sur la religion, la spiritualité, la vision des choses…

Chaque jour avec Dakta nous avions instauré des rituels (la tune du soir, le moment méditation, et d’autres). Les jours passaient à une vitesse folle, car nous passions des heures à nous parler, à échanger sur des sujets aussi vastes que la religion et des histoires de rencontres, d’adoubement, et autre légendes liées à des courants de pensées.

Je lui demandais comment un tout frais quarantenaire comme lui, pouvait être tombé dans la musique, lui qui était issu d’une culture si différente de la mienne. Car j’avais tout un environnement culturel, des infrastructures, des associations, toute la mécanique articulant et mettant en vie cette culture autour de moi. Lui était loin d’avoir la promiscuité et l’accessibilité à tout cela.

Il faut savoir qu’en Inde, les acteurs de la musique actuel (reggae, hip hop, electro et un peu rock (surtout métal)) sont peu nombreux malgré la forte population, c’est idem pour les graffitis artistes ou tout autres disciplines artistiques alternatives et venant d’Occident.

Dakta Dub me raconta tout simplement que grâce à ces études, il avait fait un long séjour d’environ 5 ans en Hongrie, qu’il y avait intégré une grande école, et qu’un de ces stages se déroulait dans une radio, « TILOS Radio ». Qu’on l’avait mis à l’archivage de la musique. Et que ça l’avait complètement ouvert à la musique tout simplement.

Qu’il passait beaucoup de temps dans les studios à écouter et ranger dans tous les genres, tout ce qu’il écoutait, et que souvent certaines sonorités surtout remplies de basses lui créaient des émotions différentes face à d’autres musiques.

Une année, il s’est retrouvé malgré lui sur un événement avec Tilos Radio au festival ZIgets, pendant le festival il s’est mis à jouer de la musique sur l’ordinateur de manière instinctive, sauf que la sélection sur ce média qui était retransmise en live, a buzzé. Les responsables lui ont ainsi demandé de rester et continuer à sélecter, car tout le monde appréciait. Il s’est exécuté et ce fut indirectement sa première date en tant que DJ, son baptême du feu.

Suite à cet événement qui fut une révélation pour lui au milieu de ses études de commerce international, sa vocation était née.

On lui montra très rapidement le mix sur platine CD, et vinyle, il prit des cours avec certains animateurs de la radio, pour le mix au tempo, la sélection propre et l’apprivoisement du matériel tout comme la mise en place d’un DJ set.

Très rapidement, il a commencé à jouer dans les soirées étudiantes que la radio animait dans la capitale hongroise. Dakta Dub était très actif, car demandé et ses sets étaient un savant mélange ethnique, world, bass music et méditatif, son style plaisait.

Après son séjour en Europe de l’Est, il est rentré en faisant le choix de s’occuper de ses parents, mais aussi de ramener dans ses bagages, la musique et ce concept qui lui avait explosé en pleine face, là-bas, en Hongrie. Il était bien décidé à faire trembler et faire danser les siens sur sa terre natale, et à leurs partager l’ensemble de ces acquis.

Nous étions sur sa terre natale et une bonne dizaine d’années étaient passées depuis les soirées si loin de chez lui et ses premiers moments en tant que DJ. C’était l’heure qu’Il me fasse le bilan Dakta Dub et de la bass music culture.

C’était foisonnant d’activité, chaque jour j’apprenais quelque chose sur son développement de la culture, les écoles de DJ, les soirées stricly bass music ou celles strictly D’n’B.

C’était une vocation dévorante et nourrissante pour lui. Il ne cesse de créer et de mettre en place tout ce qui peut être fait pour diffuser et conquérir du public, et donner une place à cette culture, dans sa propre culture.

Il me parlait des diffusions des films Rockers ou encore Babylon chez lui pour les siens, mais aussi toutes les personnes qui venaient et étaient intéressées.

Chez lui dans son bureau, qui n’est autre comme beaucoup d’entre nous, son studio est son lieu de vie majeur, il y avait un vidéo projecteur, un drap blanc sur l’un des murs, et des nattes pour s’assoir et regarder tout en se documentant, des classiques majeurs que chaque reggae addict a vu au moins une fois dans sa vie. Chez Dakta Dub cela fait partie du passage obligé sur tu veux être actif au sein du consortium local du reggae, tu dois t’instruire et savoir d’où vient tout ça.

Il organise « Sound System en Mas », événement qui se déroule à Esamia Bazar, son quartier. Lors de cette journée, tout est orienté autour du sound system et de la musique, spécialement reggae, dub qu’il partage et fait découvrir aux jeunes du quartiers, tous âges et castes confondus, pour créer du lien, de l’éducation civique, sanitaire et développer un esprit communautaire positive, sans barrières. Il s’y tient des stands éducatifs, créatifs et associatifs. Il a même édité un livre, très bien illustré et documenté qui parle de cet événement.

Ces journées sont attendues et encrées dans la paysage locale. Il suffit de se promener dans son quartier en sa compagnie, pour voir tous les gens (de 5 ans à 77 ans) qui le saluent, lui posent, des questions, et l’interrogent sur les prochains événements.

À chaque fois, cela n’a fait que confirmer l’effet bénéfique du reggae pour la population, qu’elle soit française, indienne ou jamaïcaine, tout en touchant toute les générations.

Il faut dire que sur le continent indien, la musique des films Bollywood ou le punjabi (musique traditionnelle très rythmée aux couleurs pop) ont toutes les parts de marché ou presque, donc le reggae et la bass music peinent à percer et à exister. Mais il existe des personnes qui y croient et qui veulent ouvrir les esprits et faire danser les gens avec des vibrations remplies de basses et de plénitude…

Fabrice aka Mam Dem Up.

Prochainement, le second épisode.

Écoutez une sélection dub 100% vinyles de Dakta Dub pour Musical Echoes (janvier 2021) ici :

Musical Echoes reggae/dub/stepper selection #80 (by Dakta Dub / Monkey sound system)