Un autre sound est possible (avec de la low-tech) et on l’a même testé !

Dans notre édito « Pour des sessions plus locales et des sounds systems plus autonomes avant la fin du monde ! » (lire ici), nous avions déjà évoqué les différents acteurs et leurs initiatives qui minimisent l’impact du sound sur l’environnement. Le Low Tech Sound, inauguré le mois dernier à Dijon, est l’exemple même que ce monde existe déjà : celui de la récup’, de l’indépendance et du DIY poussé au maximum.

Le Low Tech Sound et ses panneaux solaires. Crédit : Jérémy LTS.

Par le biais de cet édito, nous avons fait la découverte du side project de Jekos sound system, le Low Tech Sound, porté par Jérémy en Côte-d’Or (21). La low-tech (en français, basse technologie) peut désigner une multitude biens ou services, œuvrant à la longue durabilité et à l’économie de ressources. En contradiction totale avec la high-tech, la low-tech incite au techno-discernement et vise avant tout à sensibiliser un maximum de personnes afin que chacun essaie de baisser son impact sur la planète. Cette alternative est donc l’éponyme du Low Tech Sound mais bien plus qu’un simple nom pour l’initiateur de ce projet, c’est un véritable mode de vie.

Après trois ans de labeur, Jérémy a enfin réalisé son rêve de finaliser sa sonorisation 100% indépendante : il a achevé la construction de son Low Tech Sound en septembre dernier.
Si son inauguration a été retardée à cause du COVID, l’association Oxy/more* l’a contacté pour sonoriser « La Vagab’Onde » fin mars. Une soirée qui souligne l’éco-responsabilité dans le milieu culturel avec une programmation éclectique, du reggae, à la bass music, jusqu’à la rave techno et au cours de laquelle, notre collaboratrice a pu tester ce sound system d’un nouveau genre (lire ci-dessous).

Depuis 2011, Jérémy possède déjà un premier sound system (Jekos sound system), qu’il a lui-même construit et exerce en tant qu’artisan de sonorisation pour plusieurs sounds dijonnais mais aussi en tant que compositeur, mixage, mastering….

« Il allait chiner dans les déchetteries, les encombrants, les vide-greniers… »

En 2014, il décide de passer une formation de technicien son pour améliorer son savoir et développer son système sonore afin de le rendre indépendant en énergie mais également mobile. Pour des évènement tel que “Roues & Culture” en co-organisation avec Ojika hifi et Legion Irie sound, où chacun vient à vélo à un point de rencontre pour faire le tour de Dijon avec un cortège de plusieurs charrettes-sounds systems autonomes.

Par ses recherches dans le recyclage de batteries de lithium, il parvient à aboutir son premier prototype de batterie recyclée en 2018 et se lance directement dans la construction de sa sono. Il allait chiner dans les déchetteries, les encombrants, les vide-greniers, les sites de vente d’occasions et avec de l’entraide, il récupère la totalité de ses pièces à un moindre coût (environ 500 € de dépenses, soit quasiment dix fois moins cher qu’un sound « normal »).

Les haut-parleurs ont une puissance de 3000 watts en 4 voies, ils ont été récupérés sur des enceintes de home-cinéma ou enceintes pour PC / chaînes hifi, l’étage de kicks provient du Jekos sound (ce sont des pièces à double utilisation). Les planches de bois, la peinture, les câbles, les speakons et toutes les pièces du Low Tech sound, ont été soit réutilisés ou recyclés.

Pour la partie amplis, les basses et médiums sont amplifiés en 12V pour une consommation minime, les médiums-aiguës sont issus d’autoradios et les aigües par un mini ampli prototype en open source. La platine vinyle tourne en 220V, elle est reliée à un convertisseur 12V/220V, un préamp à lampe et sur la petite table de mixage où l’on peut y brancher 6 canaux, 2 micros avec effets reverb & delay en 3 variations. Il y a également une mini armoire artisanale contenant un equalizer pour voiture, 4 canaux de contrôle partiels sur les voies puis deux autoradios, qui assurent le réglage du volume général / diverses fréquences et de lecteurs CD / clé USB. Il y a même une mini régis son en phase de finition, qui propose de relier un petit groupe de musique, ou d’autres platines (ou un vidéo-projecteur basse consommation, proposé dans la prestation du Low Tech Sound…), doté d’un convertisseur-onduleur sinusoïdal afin de permettre une alimentation de matériel allant jusqu’à plus de 1000 watts, qui comprend aussi une multiprises de 20 entrées USB pour alimenter des téléphones ou autres durant un évènement.

« Des batteries de voitures et de camions qui sont utilisées en renfort et afin de proposer une autonomie énergétique de 6 heures minimum »

Quant aux batteries, elles sont conçues à partir de lithium provenant de batteries d’ordinateurs défectueux, tous les éléments ont été testés et estimés selon leurs puissance, il y a également des batteries de voitures et de camions qui sont utilisées en renfort et afin de proposer une autonomie énergétique de 6 heures minimum.

Des batteries de lithium recyclées servent à alimenter le sound system. Photo : Jérémy LTS.

Jérémy prend toujours la précaution de vérifier que les batteries soient pleines et les recharge en amont d’un événement, parce qu’il faut plusieurs jours pour recharger complètement des batteries par énergie solaire, les panneaux solaires sortis lors des sessions, sont juste un appoint en électricité.

Il propose aussi des ateliers workshop sur la récupération d’éléments lithium pour fabriquer des groupes électrogènes autonomes ou autre, donc n’hésitez surtout pas à aller consulter ses infos sur sa page. Beaucoup de structures de recyclage sont dédiées à la réutilisation de batteries de lithium donc cela devient de plus en plus difficile d’en trouver à titre gratuit mais il existe des annonces sur des sites internet de ventes et d’achats entre particuliers où l’on peut acheter des packs de batteries défaillantes.

Gwendoline Bardollet.

 

Mini preamp en open source des aigus. Crédit : Jérémy LTS.


Notre collaboratrice Selectress Gwen nous livre un retour sur cette soirée d’inauguration du Low Tech Sound, le 25 mars denier à Dijon où elle a pu tester les capacités de cette sono low tech :

“On a lancé les balances vers 18h, nous devions ouvrir les entrées pour 20h et nous avons rencontré quelques soucis techniques en cours de balance. Le principal était que nous avions un faux contact sur le master général du préamp artisanal, ce qui nous coupait le son si on secouait brièvement la table qui stabilisait le matériel mais par chance, quand nous avons installé le controler de Dj Plaisir, le contrepoids a équilibré le tout. Ensuite on a eu des beuz à cause de la multiprise, qui était pas mal sollicitée pour alimenter notre équipement, on a dû tricher en branchant la Denon MC7000 de Dj Plaisir et un ordinateur qui servait à la projection sur l’électricité de la brasserie. Quelques soudures par-ci et du scotch pour isoler les dernières réparations, nous étions enfin parés pour mener la danse.

On devait accueillir les premiers participants à l’open DJ set, il y avait pas mal de curieux et beaucoup de bons de sons. C’était un mélange explosif, je me suis lancée sur une sélection reggae/dub, j’ai joué au feeling avec le triple de ce dont j’avais besoin (ce n’est pas mon habitude mais je préférais être prévoyante, étant dans l’expérimentation d’un matériel inconnu en fiabilité). Effectivement, Jérémy m’avait prévenu que ce ne serait pas comme jouer sur une sono habituelle, le son est moins puissant (en tant que sound system).

 

« Un mec renversa la totalité de sa pinte juste à côté des batteries de lithium et grâce à la réactivité des participants, on a évité une explosion de peu ».

Nous avions à notre disposition un system sonore compact d’une puissance 3kw, une platine vinyle Technics SL-1200MK2, un préamp DIY à 4 voies qui sert de plus de philtre que le contrôle complet des fréquences mais il était relié à une mini table de mixage Yamaha MG06X avec 2 voies ainsi qu’un delay assez bref et en parallèle la Denon, en bonus pour jouer mes wav.

C’était amusant de jongler entre numérique et analogique sauf pour les voisins des résidences mitoyennes. Après 22h, le volume a dû être baissé, mais le publique était archi chaud et dans un geste d’inadvertance, un mec renversa la totalité de sa pinte juste à côté des batteries de lithium et grâce à la réactivité des participants, on a évité une explosion de peu. Puis Dj Plaisir enchaîne directement en ravecore, la foule se déchaîne complètement aux rythmes de la techno. Ce qui était génial, c’est que l’évènement a vraiment été bien reçu, même pour le responsable de la brasserie qui a dû répondre aux plaintes de son voisinage et qui a quand même bien gagné sa soirée. En conclusion, je m’imaginais que le matériel serait moins performant au niveau sonore mais c’était tout l’opposé et avec la disposition du lieu, nous avons joué au minimum de la puissance proposée par Jérémy. Je comprends tout à fait que le voisinage ait besoin de tranquillité et l’idéal serait de jouer en extérieur, là où on ne gênerait personne. En bref, il manque peut-être un VU-mètre sur la tower afin d’être plus précis, et les effets sont assez restreints en étant courts et donc peu audibles. Ce n’est pas grand chose en comparaison des avantages de ce type de sound en matière d’économie d’énergie et d’indépendance énergétique.

G.B

* Oxy/more est une association étudiante dijonnaise qui soutient l’activité musicale à travers différentes formes : une émission de radio (« Mauvaises Graines »), un atelier de fabrication de papier recyclé dédié aux professionnel.le.s de la culture et enfin, dans l’organisation d’événements. Parmi lesquels, la soirée la Vagab’Onde, vendredi 25 mars dernier qui s’est tenue dans la micro-brasserie Un Singe en Hiver, à Dijon.
Plus d’infos ici : https://www.facebook.com/oxymorebfc/

Plus de photos du Low Tech Sound et de cette soirée ici (crédits : Jérémy LTS, G.B & Stéphanie Oxy/more).

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